Edito février 2007
Pâques : voilà l’horizon qui nous est d’emblée fixé quand nous entrons en Carême. Car si le carême est un temps de désert et de conversion, il l’est tourné vers Pâques. « Si les morts ne ressuscitent pas, Christ non plus n’est pas ressuscité. Et si Christ n’est pas ressuscité, notre foi est illusoire » clame saint Paul (1Co 15). Là est l’orientation du chemin : le Ressuscité. Et pour vivre et participer pleinement à cette résurrection, nous le savons, il nous faut mourir à nous-mêmes. C’est l’enjeu de ce Carême. L’évangile du mercredi des Cendres nous ouvre trois pistes pour accueillir, petit à petit, pas à pas, la Vie de Dieu en nous : Partager, prier et jeûner non pas de façon ostentatoire, mais « dans le secret ; ton Père voit ce que tu fais en secret, il te le revaudra ».
Il faut en convenir, le Carême n’est pas toujours perçu comme le meilleur moment de l’année. Le lieu du désert et de la conversion n’est pas des plus confortable. Mais il est aussi, et chacun peut en faire l’expérience, un chemin de bonheur profond et intime (« dans le secret… » !).Il nous invite à sortir de nous-mêmes, à nous décentrer, à laisser la place à l’autre… et au Tout Autre…
Tout ça peut faire un peu peur.
D’ailleurs, en prenant un angle original, on s’aperçoit que la fin du Carême, la semaine sainte, est marquée par la peur. Jésus lui-même a fait peur. Peur à ceux qui détenaient le pouvoir politique et religieux de son temps. Sa liberté de parole, la confiance inébranlable en son Père – et notre Père -, son regard d’amour inconditionnel posé sur chacun ont fait peur.Peur au point qu’ils le mettront à mort. Mourir encore… pour vivre la résurrection, pour vivre Pâques, où Dieu scelle l’Alliance brisée. Pâques où Dieu renoue le dialogue rompu avec les hommes. Pâque où le Verbe de Dieu – sa Parole – est redonnée à tout homme à chaque instant de l’histoire. Pâques où le pardon donné et reçu ouvre l’avenir de l’homme.
Le partage, la prière et le jeûne veulent nous aider à vivre cette expérience de réconciliation avec le Christ. « Nous vous le demandons, au nom du Christ, laissez-vous réconcilier avec Dieu », lance Paul aux Corinthiens. Laissez-vous réconcilier avec Dieu et avec toute l’humanité, avec chacun des hommes devenus autant de frères.
Et si, à l’occasion de ce Carême, nous nous interrogions sur notre capacité d’accueil et d’écoute de nos frères ? De ceux qui sont différents de nous ? De ceux qui ne nous ressemblent pas ? Ce temps du Carême pourrait être un temps favorable pour nous laisser travailler par l’Esprit, pour quitter nos carapaces, pour nous rencontrer et parler, avec l’humilité qu’il convient, des peurs que nous avons les uns et les autres, les uns envers les autres.
L’Equipe d’Animation Pastorale du Doyenné (EAP) nous propose un temps particulier pour ce partage, le 22 mars prochain. « , Manouches, Tziganes, citoyens à part… entière » : tel est le thème du CCFD que les jeunes travaillent depuis 2 ans. Et nous ? Où en sommes-nous de l’accueil de l’autre, des autres, et en l’occurrence des « Gens du voyage » lorsque nous les croisons ? Comment sortir de nos mal à l’aise et accueillir celui qui est si différent et pourtant si proche de nous ?
Passons de la mort à la Résurrection du Christ, passons de la peur au dialogue !
Bon chemin vers Pâques !
P. Benoît Lecomte
P. Benoît Lecomte
Publicité